Lire Galates 500 ans après Martin Luther – la conférence Think 2017

Depuis quelque temps, Andrew Wilson, théologien dans notre famille d’églises, organise la conférence Think à Bedford chaque année en juillet. Je m’y suis rendu pour la troisième fois la semaine dernière, pour étudier l’épître aux Galates, la première lettre que l’apôtre Paul ait écrite aux églises et, à mon insu, les développements récents autour de l’interprétation de ce texte.

Ce que j’y ai appris :

Les perspectives théologiques

On peut lire Galates sur trois plans différents. Sur le plan de notre salut individuel (comment on est sauvé), sur un plan collectif (lié à l’Eglise en tant que peuple de Dieu) et sur un plan cosmique (qui parle du royaume de Dieu qui a fait irruption dans le siècle présent et sa victoire sur les puissances de ce monde). Ces lectures sont complémentaires et importantes, nous permettant d’en tirer bien plus que si on n’en prenait qu’une.

Malheureusement, tout en étant légitimes, elles nous viennent de trois perspectives différentes, dont les partisans parfois cherchent à éclipser les autres avec leur méthodologie. Nous avons donc l’ancienne perspective sur Paul (de Luther), la nouvelle perspective (dont le théologien plus connu aujourd’hui est N.T. Wright) et le Paul Apocalyptique (dont j’ai compris le moins, mais c’est en lien avec la nouvelle réalité qui a fait irruption après la Croix et la Résurrection).

Le positif de la nouvelle perspective est qu’elle cherche à creuser le sens du texte sans dépendre de la perspective de Luther (dans le contexte de la Réforme protestante, en contraste à une théologie catholique du salut) qui a (apparemment) dominé pendant longtemps, en retournant au contexte d’origine de Paul. Cependant, j’ai l’impression que les deux perspectives nouvelles sortent d’un creuset académique très moderne, qui demande la nouveauté, ce qui pousse à la controverse (et parfois à l’hétérodoxie). Je suis heureux que des personnes bien plus capables que moi ont creusé ces textes savants pour en tirer ce qu’il y a de bien et laisser de côté ce qui ne va pas. Effectivement, j’ai appris qu’on peut arriver à des conclusions intéressantes sur un texte même en partant de présupposés carrément bizarres (« Ca doit être apocalyptique, même si on n’a pas encore compris en quel sens ! »). Ce n’est pas cependant quelque chose que je conseille, et certainement pas une approbation de la pensée postmoderne qui dit que toute perspective, aussi loufoque soit-elle, est légitime.

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La machine à écrire de Paul ?

La nécessité de Galates aujourd’hui

Malgré tout cela et les discussions enrichissantes que j’ai vécues à la conférence, la perspective de Luther me semble encore si importante aujourd’hui : ce n’est pas en faisant des oeuvres qu’on est sauvé (en achetant des indulgences pour sortir du purgatoire par exemple), mais uniquement à travers la foi en Jésus-Christ, comme le dit Paul dans 2.16 : « sachant que ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que personne ne sera justifié par les œuvres de la loi. »

Tout le monde cherche encore des oeuvres à faire pour se justifier face aux hommes et à leur idée de Dieu ! Que ce soit en recyclant, en faisant du yoga, en soutenant les « droits de l’homme», ou comme les judaïsants de Galates, à travers l’appartenance à un groupe ethnique et/ou l’adhérence à des règlements religieux stricts.

Nous avons passé une séance entière sur la question de la circoncision. Bien entendu, dans une pièce remplie de mecs, même si c’était des pasteurs, il y a eu beaucoup de rires et de regards souffrants (et, surprenant, même des confessions par rapport à des réalités médicales, mais passons !). Cette discussion reste quand même importante aujourd’hui car le point théologique de Paul, certes complexe, nous montre comment Dieu peut – à une période spécifique, dans un contexte spécifique, pour des raisons spécifiques –  demander à un groupe de personnes de faire un acte comme celui-là et comment plus tard, il ne demande plus à personne de le faire, pour d’autres raisons spécifiques. Dieu n’est pas aléatoire et la Bible n’est pas contradictoire. Aujourd’hui, des personnes ont besoin de comprendre ce raisonnement afin d’interpréter l’Ancien Testament correctement, et voir qu’il n’est vraiment plus nécessaire de manger casher ou de faire le culte le samedi. Ce ne sont pas ces choses-là qui nous justifient devant Dieu !

La nécessité de Galates pour mon coeur

Certains auront une aversion automatique à une telle conférence, passée à discuter des questions théologiques, croyant que c’est un contexte stérile. Je peux comprendre que ce n’est pas pour tout le monde (moi-même, j’ai été perdu à des moments), même si tout chrétien est appelé à grandir dans sa connaissance biblique, car elle informe sa connaissance du Dieu de la Bible. Néanmoins, il y a quelque chose de magnifique dans le fait d’adorer Dieu la première chose les matins de la conférence, dans une salle remplie de théologiens barbus (les jeunes), peu barbus (les vieux), et même quelques théologiennes !

Car nous sommes tous frères et soeurs en Christ, peu importe notre âge ou notre rang. J’ai été particulièrement ému quand un vieux pasteur a lu à voix haute le passage suivant :

Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ; vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse. 3.26-29

Et c’est là que je me suis rendu à nouveau compte de combien J’AI besoin du message de Galates ! Ma tendance, à peine arrivé dans une pièce remplie d’autres pasteurs, c’est de me comparer à eux, vouloir me montrer intelligent, alors que je suis censé être là pour apprendre ! Et j’ai effectivement appris, et passé des moments magnifiques en discutant avec des hommes de Dieu chaleureux, drôles et très sages. Quel rappel magnifique, qui se trouve dans la lettre de Paul :

Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde! Car ce n’est rien d’être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c’est d’être une nouvelle création. 6.14-15

Amen et Alléluia.

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