La transmission du texte et la fin longue de Marc, première partie

 La Transfiguration, Giovanni Gerolamo Savoldo, 16è siècle

J’ai gardé le sujet de la fin longue de Marc pour ce blog, afin d’informer les intéressés sans m’éterniser lors du prêche de dimanche et confondre les gens plus que je ne leur enseigne. Il s’agit effectivement d’un sujet complexe mais dont la complexité est exagérée. C’est également un sujet qui peut inutilement provoquer de l’anxiété, car on commence souvent par la question de « la Bible est-elle réellement inchangée ? » Bien que cette question ne soit pas mauvaise en soi, je veux axer la réflexion différemment (ayant déjà fait la recherche sur la première question), avec la question différente: « De quelle façon Dieu a-t-il souverainement préservé son texte? »

La Bible, Parole de Dieu, est un ensemble de textes anciens, et par conséquence, ce que nous avons aujourd’hui nous a été transmis par le biais de l’histoire humaine. Nous croyons donc a l’infaillibilité (ou inerrance) et à l’inspiration du texte biblique au moment de sa rédaction par la main des prophètes ou apôtres (ou leurs scribes), mais pas à l’infaillibilité de tous les scribes qui ont copié ces textes. Plutôt, Dieu, dans sa providence, a guidé le mécanisme par lequel le texte biblique a été copié, transmis, traduit, sans pour autant intervenir de façon directe à chaque instant (par exemple en corrigeant miraculeusement les fautes d’orthographe d’un scribe fatigué).

Les écrits du Nouveau Testament ont été rédigés dans différentes parties de l’Empire romain, sur une période d’environ 40-50 ans, adressés à différentes communautés, par différents auteurs. Dès le début, les chrétiens ont reconnu ces textes comme étant d’inspiration divine (une autre question pour un autre post) et L’Eglise a rassemblé ces textes au cours des décennies suivantes pour en faire leur corpus de textes fondateurs.

Le texte du NT nous est arrivé par le biais de transmission textuelle sur une période d’environ 1500 ans, jusqu’à l’imprimerie. Ce sont des copistes qui ont recopié ces textes pendant toute cette période là, dans pleins d’endroits différents, même des continents différents, pendant longtemps sans un organisme central qui vérifiait l’exactitude des textes et dans des conditions peu favorables pendant la persécution romaine. Malgré cette réalité, le texte du NT est de loin le mieux attesté de tous les textes anciens, avec le plus grand nombre de copies manuscrites et avec une histoire de transmission textuelle visible au travers des siècles. Qu’il y ait des différences dans les copies est normal.

Je laisse un expert parler :

Quand aux manuscrits grecs, plus de 5800 ont été catalogués. Le Nouveau Testament fut traduit très vite dans de nombreuses autres langues, comme le latin, le copte, le syriaque, l’arménien, le géorgien, le gothique, etc. Le total de ces témoignages dans d’autres versions n’a pas encore été compté, mais leur nombre arrive certainement dans les dizaines de milliers.

(Dan Wallace, directeur du Centre pour l’étude des manuscrits du Nouveau Testament, dans un entretien avec TGC, disponible ici en anglais)

Papyrus 45, Marc 8.35-9.1, env. 250 ap. J.-C.

Or, nous savons que les autres textes anciens sont très mal attestés en comparaison. Que ce soit Hérodote, Platon ou autres célèbres auteurs de l’Antiquité, les copies de leurs textes ne font surface que des siècles après leur rédaction (parfois plus d’un millénaire), et nous n’en avons souvent que très peu de copies.

Qu’en est-il de la précision de tous ces textes? Nous savons qu’il y a un grand nombre de variations de tout genre, comme les fautes d’orthographe, l’ordre des mots utilisés (le grec n’a pas besoin qu’on respecte l’ordre de certains mots), des « expansions de piété » (comme l’insertion de « Christ » ou « Seigneur » quand il n’y a que le nom « Jésus » par exemple), mais la très très grande majorité de ces variations n’ont aucun impact sur le sens d’une phrase, et l’ensemble de ces variantes n’ont aucun impact sur la théologie chrétienne.

James White, théologien et apologète, dit ceci :

Alors que l’idée de n’avoir aucune variante paraît géniale, les variantes sont en réalité un corollaire du fait d’avoir un si grand nombre de manuscrits. Et plus de manuscrits on a, mieux nous pouvons être sûrs d’avoir aujourd’hui un reflet précis de ce qui fut écrit à l’époque. (The King James Only Controversy, p.64, traduit de l’anglais)

Il ajoute d’ailleurs que l’absence de variantes serait bien plus suspecte, car cela montrerait une volonté de contrôler le processus de transmission de façon hiérarchique. Il continue :

En réalité, si on comparait les deux manuscrits les plus différents du NT, la quantité des variations ne changerait pas fondamentalement le message des Ecritures ! Le fait est qu’aucune variante textuelle, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testaments, ne bouleverse ni défait d’aucune façon aucune doctrine essentielle de la foi chrétienne. (ibid., p.67)

Cela nous amène à la question de la fin longue de Marc. Mais je sais que ça fait déjà beaucoup d’informations, donc je vous laisse un moment pour digérer, et je reprends dans quelques jours avec la deuxième partie.

2 réactions sur “ La transmission du texte et la fin longue de Marc, première partie ”

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