Le poison de la comparaison

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Alors que je me reposais de ma course hier, assis sur un banc, et que mon regard se promenait sur les feuilles, les arbres et le ciel, j’ai eu un souvenir instantané d’une peinture dans la promenade du Vatican menant à la chapelle Sistine. Je regardai une chenille qui était finie sur moi et en pensant à la complexité du tissu infinitésimal d’un insecte, je me suis dit « personne ne pourrait jamais peindre quelque chose d’aussi magnifique que ce que Dieu a déjà accompli ». Il nous a néanmoins créés à son image et nous a dotés de capacités créatrices et de désir créateur.

Nous appartenons à Sa création, et comme tout bon artiste, il fait des mises en abîme, en donnant à ses créatures d’être eux-mêmes créateurs. Cependant, nous pouvons aborder ce processus de deux façons. La comparaison ou l’adoration, l’exaltation du moi ou de Lui.

Regardant l’oeuvre d’un auteur ou compositeur que j’apprécie et me disant que je n’atteindrai jamais les hauteurs où réside cet artiste, je m’arrête en me disant que cela n’en vaut pas la peine. Malheur si j’arrivais à faire quelque chose d’aussi bon qu’un autre, ou un peu mieux: je baserais ma réussite sur la qualité d’autres oeuvres. Si on base notre travail sur celui d’un autre, ce sera par désir de nous exalter, ou bien cela nous mènera à la médiocrité. La comparaison tue ma créativité, et si j’arrive à me motiver à écrire quelque chose, elle empoisonne mes motivations.

Me comparer, moi créature de Dieu, à une autre oeuvre d’art faite par le Créateur, quelle folie. Elle est aussi petite que moi face à Lui, et aussi glorieuse que moi car faite par Lui.

Si par contre je me rends compte que mes histoires, mes poèmes et mes peintures ne sont que des reflets de la créativité débordante de Dieu, du monde qu’il a créé, de l’histoire qu’il rédige, je peux contribuer en moindre partie à la mosaïque d’oeuvres d’art, d’histoires et de musique qu’il tisse depuis des siècles et qu’il continue de tisser dans le futur. Cela me permet de prendre la plume, le pinceau ou le piano, selon mes moyens, au niveau où je me tiens et de m’améliorer pour Sa gloire! Cela donne un sens plus profond que je ne pourrais donner tout seul à mon art, et ça apporte louange à Jésus.

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La grâce divine et le travail humain, Ludwig Seitz, Galleria dei Candelabri, Vatican

Toute cette réflexion sur l’art m’amène à une pensée plus large… Combien nous nous limitons par la comparaison! « Je ne suis pas aussi belle qu’elle, aussi talentueux que lui, aussi intelligent que l’autre… » à n’en plus finir! Je pourrais parler de sport: quel est l’intérêt de pratiquer un art martial, puisque je n’en serai jamais le plus fort? Mais pourquoi est-ce que je fais quoi que ce soit!? Comparaison ou adoration? Exaltation de moi ou de Lui? Bien sûr, on peut tout simplement faire ces choses pour notre propre plaisir ou par conviction, et se décomplexer de cette question, mais le risque de comparaison est toujours présent.

Nous limitons nos actions ou tombons dans la médiocrité quand nous agissons sur la base de comparaisons. Nous trouvons des excuses pour notre paresse dans nos insécurités, le fait de se croire inférieur à un autre et notre peur de révéler nos faiblesses.

Et si au contraire nous pouvions avoir une perspective divine?

Je suis créé à l’image de Dieu. Il m’a donné le corps que j’ai, le cerveau que j’ai, les talents et les passions que j’ai, pour une raison. Le péché fait que j’ai traité mon corps, mortel, de façon injuste, je n’ai pas toujours nourri mon cerveau avec les bonnes données ni pensées, et mes talents et passions sont imparfaits car centrés sur moi. La personne à laquelle je me compare est créée à l’image de Dieu! Elle a le corps que Dieu lui a donné et de même, le cerveau, les talents, les passions et ainsi de suite. Dieu a un but spécifique pour elle qui est différent du mien, bien que le but final soit toujours de Le glorifier dans nos vies. Alors glorifions-Le! Développons nos talents pour sa gloire, honorons nos corps et nos intelligences, apprenons à nous servir les uns les autres par révérence pour Christ.

Si les plus talentueux doivent tout faire, ils vont s’épuiser, et il n’y aura personne pour reprendre le flambeau une fois qu’ils se sont éteints. Mais ces gens-là ne sont pas devenus talentueux en attendant de devenir les meilleurs. Ils ont agi.

Gloire à Dieu qu’on peut s’inspirer des plus talentueux de l’histoire et même de notre époque pour faire ce que Dieu nous appelle à accomplir, que ce soit s’inspirer des grands auteurs pour écrire des romans, des conducteurs de louange pour soutenir le culte du dimanche, ou se servir de programmes informatiques pour soutenir le fonctionnement correct de l’Église. Cette posture nous permet de collaborer car nous ne sommes pas en opposition, d’être inspirés par nos pairs et de les soutenir. Chacun est une pierre dans l’édifice que Dieu construit.

C’est fou à quel point, dans ce contexte les paroles de Paul peuvent nous inspirer:

C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Tenez donc ferme dans cette liberté et ne vous placez pas de nouveau sous la contrainte d’un esclavage. […]

Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres. En effet, toute la loi est accomplie dans cette seule parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, attention: vous finirez par vous détruire les uns les autres. […]

Ceux qui appartiennent à Christ ont crucifié leur nature propre avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, laissons-nous aussi conduire par l’Esprit. Ne soyons pas vaniteux en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres.

Galates 5.1, 13-15, 24-26

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