Le réveil du cinéma à thème chrétien

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Source: www.hacksawridge.movie

Il y a eu un changement réel, soudain, et surprenant ces dernières deux années dans le monde du cinéma et de la télévision. C’est compliqué à expliquer, car on voit en même temps se creuser les différences entre les visions du monde libérale et conservatrice, et une vague de films et séries toujours plus provocants du point de vue des moeurs, mais le succès des films à petit budget à thématique chrétienne semble avoir touché Hollywood au point on l’on se retrouve, ce mois-ci, avec deux films importants de tous les points de vue (contenu, budget, réalisateur, acteurs, production, marketing, nominations et impact sur le public) au cinéma. Je parle, bien évidemment de Hacksaw Ridge (Tu ne tueras point en français) de Mel Gibson et de Silence de Martin Scorsese.

L’année dernière, il y avait déjà eu Risen (La résurrection du Christ) avec Joseph Fiennes, petit frère de Ralph. (Celui-ci également tourné dans un autre film basé sur la vie d’un missionnaire écossais en Chine, qui semble être sorti sans avoir eu de couverture médiatique autre qu’à Hong Kong, peut-être qu’on le verra sortir bientôt en Europe.) Risen était visiblement peu cher et avait de gros problèmes du point de vue scénario, mais je l’ai trouvé chez mon magasin de location de films (oui, il y en a encore) à côté d’autres blockbusters. Néanmoins, l’écart entre ce film et ceux dans son genre et ce qu’on a aujourd’hui avec des chefs-d’oeuvres de 2 maîtres du cinéma, semblait un gouffre insurmontable.

Hacksaw Ridge et Silence sont deux films extrêmement différents du point de vue de leur ton et de l’histoire, mais ils partagent le même acteur principal (Andrew Garfield, de renommée internationale grâce à The Amazingly Bad Spider-Man), qui joue dans les deux un personnage poussé par sa foi à surmonter d’énormes épreuves, au Japon! On voit à quel point la grande thématique de la foi et des choses liées à Dieu peut produire des oeuvres radicalement différentes (on qu’on voit bien en lisant la Bible). Les deux films côte à côte montrent un christianisme triomphant et un christianisme vaincu (mais pas un Christ vaincu). Ils nous proposent les deux réalités, et c’est important, comme l’ont fait remarquer The Gospel Coalition.

Une des choses positives de ces films est tout simplement que le grand public puisse voir des personnages croyants sous un autre angle, moins caricatural que d’habitude (ce ne sont pas des manipulateurs assoiffés d’argent ou des malades mentaux, par exemple), et qu’ils puissent s’identifier avec eux, leurs réflexions et leurs défis. Qu’ils puissent voir des gens débattre en eux mêmes et avec d’autres de leurs questions morales, théologiques et étiques, sans qu’on leur prêche directement une conclusion toute faite.

Ces films ont la particularité, justement, de parler aux sensibilités des croyants ainsi que de ceux qui ne sont pas nécessairement affiliés à une foi. Les chrétiens et membres d’autres religions qui iront les voir se poseront des questions de foi liées au pacifisme, ou à l’évangélisation dans des milieux hostiles et à la persécution, et tous, y compris ceux moins sensibles à cela auront de quoi réfléchir sur la liberté de conscience et d’expression, alors que certains pourraient même se dire qu’ils aimeraient peut-être regarder la foi chrétienne d’un peu plus près, un de ces quatre. Peu de réalisateurs sont capables de réussir un tel exploit, et les deux réalisateurs sont loin d’être des chrétiens typiques (pour une discussion sur Scorsese et son cheminement intéressant, cliquer ici).

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Source: www.imdb.com

Bref, beaucoup de positif. J’ai pleuré et ri dans les deux (plus dans le film de Mel Gibson, le Scorsese est quand même long et parfois pesant) et j’ai été confronté à bien des réflexions.

La plus forte était celle liée à ma passion pour l’église. Au Japon, implanter une église aujourd’hui demanderait de s’intégrer à la culture, de vivre un peu de solitude et d’éloignement, il faudrait mieux apprendre la langue, trouver du taff… Mais on mangerait du tempura et de l’okonomiyaki quand on voudrait, on pourrait jouer aux jeux vidéo dans les arcades et aller aux bains chauds quand on veut. Il y a 400 ans, commencer une église au Japon, c’était se cacher tout le temps, choisir entre la torture et renier sa foi et voir ses frères et soeurs fidèles souffrir le même sort. Même sans tout cela, l’écart culturel de l’époque était bien plus grand qu’aujourd’hui. J’ai eu les larmes aux yeux en pensant à combien nous, les chrétiens d’occident sommes une exception historique: on vit dans la richesse, on est plus ou moins libres de croire ce qu’on veut, même évangéliser, on n’est pas persécuté pour la plupart… et on n’est même pas très actifs dans notre foi! Aujourd’hui, au Moyen-Orient, les chrétiens souffrent comme il y a 2000 ans dans certains lieux. Et on ne s’en soucie pas. Mais nous avons les moyens pour faire bien des choses et si nous décidions de les faire, ce serait grâce au sacrifice des personnes avant nous que nous aurions du succès. Seigneur, donne-nous une passion plus grande pour toi, ta vérité et une compassion pour les hommes de toutes les nations!

En conclusion, espérons que cette tendance continue et qu’on se trouve avec de plus en plus de bons films qui fassent réfléchir sur Dieu, pleurer, rire, et prions que Dieu suscite de vrais artistes et producteurs… Et lançons nous aussi!

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