La volonté de la Force

Récemment, le cinéma me parle. J’ai l’impression qu’Hollywood revient gentiment à créer des films épiques qui ne sont pas uniquement du divertissement, mais qui inspirent également.

À ma grande surprise, c’est Rogue One: a Star Wars Story qui m’a particulièrement touché en décembre. Avant de continuer, je me dois d’annoncer que je ne parle pas en tant que fanatique de Star Wars qui passe ses journées dans des forums de geeks, ou qui lit les romans et les BD périphériques (pas pour le moment en tout cas). Voilà.

Rogue One: a Star Wars Story, source: www.starwars.com
Rogue One: a Star Wars Story, source: www.starwars.com

Les films de la Guerre des étoiles ont toujours été des romances épiques dualistes très simples, le bien contre le mal et la lutte interne du côté obscur contre le côté lumineux (là j’ai dû aller chercher sur le web, et j’en ai appris pas mal!), mais je trouve que l’issue de ce combat est moins certaine que dans d’autres histoires, à cause de ces deux côtés. La Force n’est pas personnelle, elle est manipulable, elle est plus apparentée au grand « Un » ésotérique et oriental, au ying et au yang en lutte/ré-équilibration perpétuelle, qu’au Dieu chrétien. Donc le mal pourrait gagner.

Ou en tout cas, c’est ce que je pensais.

Dans cet opus, (probablement le meilleur de tous, même s’il n’appartient pas aux 9 épisodes de la saga) on rencontre pour la première fois des moines de la religion de la Force. Donnie Yen, dans un superbe rôle (mon seul regret de ce film est qu’il n’a pas assez de bastons avec le maître Doooonniiie!), joue Chirrut Îmwe, moine et ancien gardien d’un temple lié à la religion Jedi. Comme l’a fait remarquer un Youtubeur, dans un film de désespoir et de personnages méfiants, il est une lumière, souriant, encourageant et, surtout, plein de foi.

Donnie Yen, dans le rôle de Chirrut Îmwe
Donnie Yen, dans le rôle de Chirrut Îmwe, source: www.starwars.com

La phrase qui m’a le plus marqué, et c’est là où la Force prend une forme différente de ce que je pensais, c’est quand il dit, en plein dans une situation désespérée:

« Je n’ai aucune crainte, car je sais que tout ceci est dans la volonté de la Force. »

Cette phrase m’a donné de quoi réfléchir.

Tout d’abord, elle révèle une volonté, la Force devient donc personnelle. Mais de plus, Îmwe a foi dans une volonté bienveillante. Qui plus est, c’est une volonté bienveillante qui peut inclure des événements catastrophiques et des personnes malveillantes, pour accomplir ses plans. Tout à coup, la Force ressemble plus au Dieu de Jean Calvin qu’au chi/ki et au karma du bouddhisme.

Ce qui m’a touché, c’était de voir une personne capable de tenir sous pression et d’accomplir des actes de grande bravoure, soutenu par une foi absolue. Encore plus, de n’avoir aucune crainte au travers de cela. C’est là où je veux en venir. Chirrut est aveugle, mais il voit plus clair que les autres.

L’autre jour, je me suis retrouvé dans de la circulation tellement extrême que j’ai été, pour la première fois, sérieusement en retard au travail. J’ai perdu la raison, bloqué dans ma voiture. J’ai crié, presque pleuré, tout fait, sauf appeler le travail pour leur dire que j’avais du retard, j’ai craint de perdre mon emploi, j’ai même été tenté de prendre la voie du tram pour sortir de cette situation… C’est bien de prêcher la souveraineté de Dieu, mais est-ce que j’y crois? Attention, cela ne veut pas dire qu’on peut être irresponsables et attribuer ça à la volonté du Père, mais il s’agit plutôt de se dire, dans le feu de l’action, que Dieu peut avoir une raison inconnue pour ce qu’il m’arrive, et cela peut tout simplement être celle d’apprendre à lui faire confiance (car finalement, ce n’était pas un problème!). Je suis aveugle aux choses que Dieu fait quand je ne vis pas par la foi.

« Je n’ai aucune crainte », j’en ai eu les larmes aux yeux en repensant à cette phrase. Ai-je crainte? La Bible me dit à maintes reprises, me commande même de ne pas avoir peur, de faire confiance à Dieu.

Ne t’ai-je pas ordonné: ‘Fortifie-toi et prends courage’? Ne sois pas effrayé ni épouvanté, car l’Eternel, ton Dieu, est avec toi où que tu ailles. Josué 1.9

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne se laisse pas effrayer. Jean 14.27

Je pourrais également remplacer « crainte » par « frustration ». Passer deux à trois heures dans une salle d’attente d’hôpital pour avoir un diagnostic partiel et un autre rendez-vous, alors qu’on aimerait faire autre chose pendant les vacances, c’est frustrant. Mais en repensant à mon énervement et à cette phrase de Chirrut, je me rends compte plus que jamais que Dieu ne nous a pas crées pour vivre une vie où tout tourne autour de nous, pour que nous ne soyons pas brusqués. C’est ce que j’aimerais! C’est d’ailleurs un idéal démoniaque, d’être le centre de tout, de ne jamais devoir changer pour quoi ou qui que ce soit. Au contraire, dans ce monde de péché et de rébellion, Dieu a choisi de faire vivre des expériences difficiles à ses enfants, à l’Église, afin que nous soyons sanctifiés, changés pour le mieux si vous voulez, qu’on soit façonnés selon ce qu’il veut, pour qu’on serve ses projets, pour qu’il soit le centre, comme il est juste qu’il soit, de nos vies. Les personnages du film doivent d’ailleurs apprendre à se donner à une cause bien plus grande que celle de préserver leurs vies et leurs intérêts, et cela fait d’eux des héros.

Ces leçons difficiles sont là pour nous apporter la plus grande joie, le plus grand épanouissement. Ceux dont le style de vie n’est jamais remis en question, parce qu’ils sont tellement riches ou trop égoïstes, deviennent déconnectés de la réalité, et nous savons instinctivement que cela n’est pas bon pour eux. Nous ne sommes pas faits pour être essentiels, autonomes, figés, mais Dieu est essentiel, indépendant, immuable. Quand on cherche à rendre notre vie parfaite en faisant tout tourner autour de nous, on est constamment frustré car c’est impossible, et craintif car on ne contrôle rien. Quand, au contraire, nous réussissons à mettre Dieu au centre, tout s’emboîte, car c’est ainsi que le monde fonctionne!

Apprenons donc à être bousculés par la vie, mais à accueillir ces moments avec foi et sans crainte, car cela fait partie du grand dessein du Dieu souverain, qui prend la Crucifixion et en fait une Résurrection, une persécution et en fait un réveil, une tribulation et en fait la rédemption de son peuple. Le chrétien lutte entre vivre dans la chair et vivre par l’Esprit (cf. Galates 5). Je suis un padawan autant que vous dans cet exercice.

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